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Commerces et locaux

Bail commercial en tacite prolongation : le piège du loyer réévalué

Un bail qui continue sans renouvellement semble confortable. Au-delà de douze ans, il expose le commerçant à un loyer remis à la valeur de marché, parfois le double.

Écrit par Clément Psaltis 5 min de lecture

Clément Psaltis entre dans un commerce du centre-ville de Montpellier

Sur les cinquante commerçants que j’ai installés à Montpellier, la plupart avaient regardé la vitrine, la rue, le loyer. Très peu avaient lu le bail jusqu’au bout. C’est pourtant là que se décident les mauvaises surprises, et la plus coûteuse tient en deux mots : tacite prolongation.

Ce qu’est un bail en tacite prolongation

Un bail commercial est conclu pour neuf ans au minimum. À l’échéance, deux choses peuvent se passer. Soit le propriétaire et le locataire signent un renouvellement, avec un nouveau bail et, souvent, un loyer discuté. Soit personne ne fait rien : le bail continue, aux mêmes conditions, pour une durée indéterminée. C’est la tacite prolongation.

Beaucoup de commerçants y voient un avantage. Pas de négociation, pas de frais, le même loyer qui continue. C’est vrai pendant un temps. Le problème se présente plus tard, au moment où l’une des parties demande enfin le renouvellement, ou quand le fonds de commerce est vendu.

Le risque : un loyer remis à la valeur de marché

Tant qu’un bail est renouvelé dans les règles, l’augmentation du loyer est encadrée : on parle de plafonnement. Mais quand la durée effective du bail dépasse douze ans parce qu’il s’est prolongé tacitement, ce plafond saute au renouvellement. Le loyer peut alors être fixé à la valeur locative, c’est-à-dire ce que le local vaudrait sur le marché aujourd’hui.

Dans une rue qui s’est transformée en quinze ans, la différence est considérable. J’ai vu des loyers de l’Écusson doubler à cette occasion. Pour un commerçant installé, c’est une charge imprévue qui peut remettre en cause l’activité. Pour un repreneur de fonds, c’est une dette cachée dans le prix d’achat.

Les trois vérifications avant de signer ou de reprendre

  1. Lire la date de prise d’effet du bail et compter. Au-delà de douze ans sans renouvellement signé, le loyer actuel ne dit plus rien de ce que sera le loyer demain.
  2. Lire la destination du bail : les activités autorisées dans le local. Un bail « vente de vêtements » n’autorise pas un café, et changer de destination se négocie, parfois au prix fort.
  3. Chiffrer le droit d’entrée, le pas-de-porte ou le prix du fonds à la lumière de ce loyer futur, et non du loyer actuel.

Le troisième point mérite un article à lui seul : comment on fixe le prix d’un local.

Comment on sort d’une tacite prolongation

La solution est simple sur le papier : demander le renouvellement du bail avant d’atteindre les douze ans, et signer un nouveau bail de neuf ans. Le loyer est alors discuté, mais dans le cadre du plafonnement, et le compteur repart. Pour le commerçant, c’est une sécurité ; pour le propriétaire, c’est aussi une façon d’avoir un locataire engagé.

Dans la pratique, c’est une négociation, et elle se prépare : état du local, travaux à prévoir, loyers des locaux comparables dans la rue. C’est ce que je fais avec les commerçants que j’accompagne, et avec les propriétaires de murs qui veulent un locataire durable plutôt qu’un conflit.

Un local, c’est un bail avant d’être une vitrine.

Comment la valeur locative est fixée

Quand le plafonnement ne s’applique plus, le loyer renouvelé se fixe à la valeur locative. Ce n’est pas un chiffre sorti d’un chapeau : la loi liste ce qui entre en compte. Les caractéristiques du local, sa surface, sa configuration, son état, sa vitrine. La destination prévue au bail, c’est-à-dire les activités autorisées. Les obligations respectives des parties, qui paie quoi, qui entretient quoi. Les facteurs locaux de commercialité : le passage, les commerces voisins, les transports, les travaux de voirie. Et les prix couramment pratiqués dans le voisinage pour des locaux comparables.

À Montpellier, ce dernier critère pèse lourd. Une rue qui a changé de visage en quinze ans, avec un tramway qui passe désormais, des enseignes qui se sont installées, des terrasses qui se sont ouvertes, a vu ses loyers monter. Le locataire qui payait un loyer fixé avant ces changements se retrouve, au renouvellement, face à la réalité d’aujourd’hui. Et quand les parties ne s’accordent pas, c’est le juge des loyers commerciaux qui tranche, souvent après une expertise.

Côté propriétaire des murs : une occasion, et un risque

Pour le propriétaire, la tacite prolongation prolongée est à double tranchant. Elle ouvre, au renouvellement, la possibilité de remettre le loyer au niveau du marché : un rattrapage parfois important sur un local sous-loué depuis des années. Mais un loyer qui double peut faire partir un bon locataire, et un local vide dans une rue où le marché a monté ne se reloue pas forcément vite ni au prix espéré. Entre un rattrapage brutal et un locataire qui s’en va, il y a souvent une voie de milieu : un nouveau bail, un loyer réajusté progressivement, un commerçant qui reste.

C’est le genre de négociation que j’accompagne des deux côtés, parce que j’ai installé les commerçants et que je connais les propriétaires. Un bail bien renouvelé, c’est un local occupé pour neuf ans de plus.

Et si vous reprenez un fonds de commerce ?

Le bail suit le fonds. En reprenant un commerce, vous reprenez son bail tel quel, avec son ancienneté et ses clauses. Un fonds attractif avec un bail en tacite prolongation depuis quinze ans se paie deux fois : le prix du fonds aujourd’hui, le loyer réévalué demain. Avant de signer, faites relire le bail par quelqu’un qui sait ce qu’il cherche : un avocat spécialisé, un expert-comptable, ou l’agent qui vous accompagne.

Vous cherchez un local ou vous reprenez une activité à Montpellier ? Écrivez-nous : la lecture du bail fait partie de l’accompagnement.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la tacite prolongation d’un bail commercial ?

C’est la poursuite automatique d’un bail commercial arrivé à son terme, sans renouvellement signé, aux mêmes conditions et pour une durée indéterminée. Elle peut durer des années sans que personne ne s’en aperçoive.

Pourquoi le loyer peut-il augmenter fortement au renouvellement ?

Quand la durée effective du bail dépasse douze ans à cause de la tacite prolongation, le plafonnement du loyer ne s’applique plus au renouvellement : le loyer peut être fixé à la valeur locative du marché.

Comment éviter ce risque quand on est locataire ?

En demandant le renouvellement du bail avant d’atteindre douze ans de durée effective, pour signer un nouveau bail de neuf ans dans le cadre du plafonnement. La demande se prépare, avec des comparables de loyers dans la rue.

Clément Psaltis
Écrit par

Clément Psaltis

Expert immobilier, fondateur de L’Agora Immobilière

Agent immobilier et expert en évaluation à Montpellier, formé dans une agence familiale. Carte professionnelle transaction délivrée par la CCI de l’Hérault. Il a installé une cinquantaine de commerçants en centre-ville et accompagne vendeurs, acquéreurs et investisseurs, de Montpellier au littoral.

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